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Tancarville, anatomie d’un pont suspendu 2/2

Après la première partie du reportage consacré au pont de Tancarville voici aujourd’hui la suite avec tout d’abord des vues perspectives prises sous l’ouvrage, pour lesquelles il a fallu grimper sur un échafaudage spécialement mis en place pour l’occasion.

La première vue est très intéressante puisqu’elle montre la forme légèrement concave du tablier. L’aspect frêle et aérien de la structure ne doit pas faire oublier que le poids total de la charpente métallique est tout de même de 7500 tonnes, soit plus que la tour Eiffel (7300 tonnes).

TablierTablier

Direction maintenant l’autre côté de la Seine grâce aux navettes mises à disposition pour voir de quelle manière les ingénieurs ont résolu le problème de l’ancrage côté rive gauche. Ici pas de falaise à l’horizon puisque nous sommes dans le marais Vernier, au sol plat et peu stable. Il a fallu couler un énorme bloc en béton armé précontraint pour recevoir à la fois l’ancrage des câbles porteurs du pont, le dispositif d’attache des travées métalliques du tablier et la dernière travée du viaduc d’accès.

Ce dernier, dont une partie est visible sur la photo de gauche, mesure 400m et se compose de 8 éléments identiques reposant sur 7 piles en béton armée s’échelonnant de 16 à 36m de hauteur.

Massif d'ancrage sud et rampe d'accèsMassif d'ancrage sud

Les dimensions sont pharaoniques puisque le massif d’ancrage a sensiblement les mêmes dimensions que l’Arc de Triomphe, soit une hauteur de 47m.

Bien que son poids total soit de 36000 tonnes l’intérieur de la structure est creuse et vaste comme une cathédrale comme on peut le constater sur les deux images suivantes. Car en fait le massif d’ancrage est constitué de deux épais murs contreforts en béton formant une double béquille qui transmet aux caissons avant la résultante des efforts des câbles porteurs.

Intérieur du massif d'ancrage sudIntérieur du massif d'ancrage sud

En raison de la nature marécageuse du terrain la profondeur de fondation du pylône rive gauche atteint 28m (contre 18m de l’autre côté). La fondation d’environ 25000 tonnes est ancrée sur un banc compact de sable et galets. Accroché à ses immense piliers, le tablier du pont culmine à 50m au-dessus de la Seine.

Pont de TancarvillePont de Tancarville

J’espère que ce reportage en deux parties vous aura plût et vous permettra de voir d’un autre œil ce vénérable pont si vous êtes amené un jour à l’emprunter. Et pour terminer une dernière photographie prise lors de la construction.

Construction du Pont de Tancarville





Tancarville, anatomie d’un pont suspendu 1/2

J’ai eu l’occasion il y a quelques semaines de visiter le pont de Tancarville à l’occasion des portes ouvertes organisées par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Havre pour les 50 ans du pont. Édifié en 1959 cet ouvrage avait pour but de rapprocher les deux rives de l’estuaire à une époque où la majorité des traversées de la Seine en aval de Rouen se faisaient par des bacs. C’est donc l’occasion d’un article en deux parties un peu plus long que d’habitude, afin de lever le voile sur quelques uns de ses secrets.

Commençons par la présentation de ce pont de type suspendu à trois travées, le plus grand d’Europe à l’époque de sa construction : les deux travées de rives font 176m chacune et le tablier central fait 608m, soit un total de 960m d’éléments métalliques. Rampe d’accès sud incluse la longueur totale du pont est de 1420m, les piliers du pont culminant quant à eux à près de 125m de hauteur (+ quelques mètres depuis la réfection de 1995, voir un peu plus loin dans l’article). Le choix du site de Tancarville s’explique par la haute falaise calcaire tout près de la Seine à cet endroit, permettant de faire l’économie d’un viaduc d’accès au nord.

Le parcours commence justement de ce côté. Sur la seconde photo ci-dessous on peut distinguer sur la gauche un bout de la construction en béton dans laquelle s’engouffrent les câbles porteurs, objet de la première visite.

Pont de TancarvillePont de Tancarville

Après avoir coiffé un casque on crapahute dans la structure en béton pour découvrir la chambre d’ancrage aval (l’autre est identique). Première chose à savoir : les câbles porteurs sont en fait composés d’éléments distincts, les torons, groupés en bottes de section hexagonale et maintenus par des colliers de serrage (on le voit bien sur la photo de droite ci-dessus). Chaque toron est lui-même constitué de fils métalliques de quelques millimètres de diamètres enroulés en hélice.

Ci-dessous on distingue l’entrée de la chambre, et plus particulièrement les selles d’épanouissement à partir desquelles chacun des 2 câbles porteurs se dissocie en 45 torons.

Selle d'épanouissementSelle d'épanouissement

Les faisceaux de torons descendent ensuite tout en bas de la chambre pour aller rejoindre la tête d’ancrage. Nous sommes ici dans une zone où l’hydrométrie est constamment régulée.

Salle d'ancrageSalle d'ancrage

Et voici l’ancrage à proprement parler. Sur la gauche on voit que chaque toron est pris dans un manchon fileté lui-même vissé sur une tige métallique, système qui permet notamment de pouvoir régler individuellement la tension. A droite la partie visible des tiges qui s’enfoncent ensuite dans la falaise sur une trentaine de mètres. Notez les bouts de câble systématiquement coupés entre les 3 tiges, on en reparle juste après.

Ancrage des toronsAncrage des torons

A l’origine le pont de Tancarville n’était équipé que de 2 câbles porteurs. Cependant en 1995 la détection d’un toron coupé dans l’un d’eux, preuve d’une fatigue avancée, nécessita d’urgence des travaux. Il fallait totalement remplacer câbles et suspentes avec comme contrainte de ne pas interrompre le trafic routier.

La solution adoptée fut de substituer aux 2 anciens câbles, 4 câbles (2 de chaque côté séparés par des écarteurs) et de les fixer à leur tour dans les chambres d’ancrage et au tablier sans toucher dans un premier temps aux câbles existants. Pour compliquer encore la tâche les câbles d’origine reposant en tête de pylône dans des pièces d’acier moulées, il fallut rehausser les selles pour recevoir les nouveaux câbles (le pont gagnant par là-même quelques mètres en hauteur). Ce travail achevé, le poids du tablier et des travées fut transféré progressivement des vieux câbles vers les nouveaux. Commencées fin 1996, les opérations se terminèrent début 1998 par la dépose des anciens câbles.

Dans la première photo ci-dessous on voit bien au niveau de la tête d’ancrage l’avant/après : avant les travaux chaque toron se terminait par un culot bloqué dans un étrier tenu par les 3 fameuses tiges fichées dans la falaise. Un câble porteur étant alors composé de 60 torons on avait 180 tiges dans chaque chambre d’ancrage pour un effort de traction de 16000 tonnes. Pour faire cohabiter ancien/neuf dans les chambres d’ancrage, l’astuce consista à mettre en oeuvre 2 câbles de 45 torons et de les fixer directement aux tiges. Une fois le transfert de charge effectué, ne restait plus qu’à couper l’ancien câble.

Avant/après les travauxMaquette de la chambre d'ancrage

Pour terminer sur ces travaux pourquoi 4 câbles au lieu de 2 ? Eh bien tout simplement lors du transfert de charge les nouveaux câbles devaient descendent de plusieurs mètres, alors que les anciens en se déchargeant du poids tablier/travées, devaient remonter et donc croiser la nouvelle suspension. Pour permettre ce croisement, il fallait scinder les nouveaux câbles en deux demi-agrégats de toron.

Voilà pour la première partie de cet article consacré au pont de Tancarville, la suite très prochainement.