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Archive pour la categorie ‘Histoire’


Mémoire des hommes

En cette veille de défilé militaire du 14 Juillet zoom sur le site gouvernemental du ministère de la défense Mémoire des hommes qui propose l’accès en ligne aux fiches biométriques numérisées des soldats morts pour la France lors des derniers conflits.

A la date d’aujourd’hui toutes les archives de la première guerre mondiale sont d’ores et déjà accessibles. La guerre 14/18 est de loin la plus meurtrière qu’ait connu la France avec près de 1,4 millions de morts et disparus hors victimes civiles (soit environ 10% de la population masculine de l’époque). En comparaison le bilan de la seconde guerre mondiale fut de 210000 soldats tués.

Mémoire des hommes

Familles, historiens et généalogistes auront accès courant 2009 aux bases de données concernant les militaires décédés au cours de la guerre 39/45 et en 2010 à celles concernant les théâtres d’opération extérieures ainsi qu’aux informations concernant les soldats de la garde impériale et de l’infanterie de ligne du Premier Empire.

Notons enfin que parallèlement à ce recensement le site a également pour vocation de célébrer la mémoire de ces soldats morts pour leur patrie.





Non non, rien à voir avec Dora l’exploratrice

Un peu avant le début de la seconde guerre mondiale les ateliers germaniques Krupp commencèrent le développement pour le IIIième Reich d’une pièce d’artillerie hors normes : un canon de 800mm de diamètre. Baptisé Dora, le premier exemplaire fut livré à l’armée en 1941 et participa en 1942 durant deux semaines à sa seule et unique bataille, le siège de la base navale de Sébastopol en Crimée (front est).

Les quelques 1350 tonnes de l’arme reposaient sur quatre chariots ferroviaires circulant sur deux voies de chemin de fer parallèles. Seul l’angle d’élévation du tube, long de 32.5m, étant réglable le pointage directionnel était obtenu en avançant ou reculant le canon le long de l’arc de cercle formé par les rails. Le canon pouvait tirer deux énormes types de munitions : des obus perforants de 7,1 tonnes pouvant faire sauter un dépôt de munitions enterré sous trente mètres de terre à plus de 37km de distance, et des obus explosifs de 4,8 tonnes propulsés jusqu’à 45km.

Dora

Du fait des dimensions phénoménales de cette pièce d’artillerie, les quelques 500 servants de la Wehrmarcht ne pouvaient soutenir une cadence de tir que de 14 coups par jour. Cela semble faible mais il faut songer au poids des munitions à manutentionner, aux manœuvres de rechargement, au temps nécessaire pour les calculs ballistiques, au refroidissement des pièces d’acier sans compter les phénomènes physiques à gérer tel que la dilatation et la déformation du tube après chaque tir.

Dora ne fut jamais utilisé mais son jumeau, Gustav, le fut lors du siège de Sébastopol : il n’aura certes tiré que 48 coups mais en ayant systématiquement rasé 7 cibles parmi lesquelles les imprenables forts Molotov, Falaise blanche et Maxime-Gorki. Malgré son gigantisme le 800mm n’était qu’une pièce parmi des milliers d’autres canons et obusiers  qui ont bombardé la ville, près de 562 000 obus étant tombés en un mois sur ce port considéré alors comme la plus puissante forteresse du monde.

Dora

Début Juillet 1942 Sébastopol tombait après une résistance soviétique de 250 jours. Ils avaient perdu 250 000 hommes (deux armées), 90 000 furent fait prisonniers. Les Allemands eurent quant à eux 80 000 tués et blessés. Dora fut détruit par les allemands avant la fin de la guerre pour éviter que l’arme ne tombe au main des troupes russes. Gustav connut le même sort sur le front Ouest.

En prime une petite vidéo :





Les chevaux du lac Ladoga

L’écrivain Curzio Malaparte rapporte dans son livre «Kaputt» la mort dramatique de près d’un millier de chevaux durant l’hiver 1942.

De très violents combats opposaient alors les armées allemandes et russes à la frontière finno-soviétique autour de la ville de Leningrad (actuellement Saint-Pétersbourg). Pour échapper à un feu de forêt provoqué par de violents bombardements aériens, une horde de chevaux sauvages se précipita dans le lac Ladoga. Malgré une vague de froid récemment arrivée, l’eau du lac était encore liquide. Pendant que les bêtes nageaient vers la rive opposée, l’eau gela soudain dans un grand fracas, emprisonnant instantanément les chevaux dans une gangue de glace.

Malaparte raconte que le lendemain «le lac était comme une immense plaque de marbre blanc sur laquelle étaient posées des centaines et des centaines de têtes de chevaux. Les têtes semblaient coupées net au couperet. Seules, elles émergeaient de la croûte de glace. Toutes les têtes étaient tournées vers le rivage. Dans les yeux dilatés on voyait encore briller la terreur comme une flamme blanche. Près du rivage, un enchevêtrement de chevaux férocement cabrés émergeait de la prison de glace».

Chevaux

Voici l’explication physique du phénomène : nous avons tous appris à l’école qu’en refroidissant de l’eau, celle-ci passe de l’état liquide à l’état solide quand la température atteint zéro degrés Celsius. Hélas, cette certitude inébranlable n’en est malheureusement pas une : l’eau peu demeurer liquide bien au-dessous du point théorique de congélation (jusque -39°C). Cet état très instable de retard à la transition de phase est nommé surfusion.

Deux conditions sont nécessaires à la surfusion : le refroidissement doit être très rapide et l’eau doit être très pure. En effet, la glace est une structure plus ou moins cristalline. Or pour que se forme un cristal il faut un site de nucléation (un germe à partir de laquelle les cristaux de glace vont croître) et une énergie de transition de phase (pour le changement d’état lui-même).

Lorsque l’on est juste au-dessous de la température de fusion (T0), il faut un germe d’une taille conséquente pour permettre le développement des cristaux. Plus on s’éloigne de la température de fusion (plus la température est basse), plus la taille de germe requise pour la cristallisation diminue. Il existe une température (T1) en dessous de laquelle la formation d’un germe est spontanée (elle ne coûte pas d’énergie). C’est entre ses deux températures T0 et T1 que l’on a un liquide surfondu.

Dans cet état métastable, a peu près n’importe quoi peut jouer le rôle d’un germe : l’injection d’une impureté ou une agitation du liquide suffisent pour déclencher la croissance des cristaux de glace qui se développent à partir de ce pseudo-germe.

Dans l’histoire racontée par Malaparte, le lac Ladoga était dans cet état de surfusion. Les malheureux chevaux ont rompu ce fragile équilibre, à la fois par le déplacement des masses d’eau lors de leur nage, mais aussi en introduisant des impuretés (herbe, poussières, grains de sable, poils…) dans l’eau. Le gel immédiat de l’étendue liquide scella alors le triste sort des équidés…